samedi 18 février 2017

Comment intégrer les principes de formation à distance dans les enseignements ?

La plupart des enseignements universitaires que nous aurons à délivrer auront une forte composante présentielle, car la plupart des universités ont encore un manque de culture sur la formation à distance. En France, la plupart des établissements supérieurs conçoivent encore le temps de formation comme un temps de présence dans les locaux de l’institution (bibliothèque, salle de cours, amphithéâtre), avec un temps d’apprentissage étudiant synchronisé sur celui du temps de travail des professeurs. Dans ce contexte, il nous sera donc difficile de complètement transformer un programme vers une formation à distance exclusivement, nous aurons donc plus régulièrement l’occasion de mener des dispositifs hybrides. Quelques exemples existent toutefois (l’expérience du campus FORSE en sciences de l’éducation par exemple), mais ces dispositifs intègrent souvent des regroupements synchrones en présentiel, souvent à la demande des étudiants eux-mêmes, ce qui transforme ces dispositifs exclusivement distanciels en dispositifs finalement hybrides. Cette tendance (distanciel vers hybride) semble de plus en plus actuelle dans l’environnement de l’enseignement supérieur (Peraya, 2014) ayant vécu la transformation présentiel vers distanciel.

Au vu des travaux de Garrisson (2016) et de Moore (2007), il semblerait qu’un des axes de développement majeurs d’une formation à distance serait la constitution de communautés d’apprenants (Community of Inquiry de Garrison (2016)), ce qui permet d’effacer la notion de distance : remettre de la présence dans la distance (Jézegou, 2010). Dans le cadre d’une formation hybride telle que nous pourrions avoir à mener, les étudiants ont déjà initialisé des liens dans les temps en présentiel : l’idée de communauté existe déjà, ce sont souvent d’ailleurs des groupes de partage qui se forment en premier (partage de document de cours, d’informations quant au programme…). Notre objectif serait de transformer ces groupes de partage en « communauté d’apprentissage » en intégrant un rôle pour l’institution (structuration, organisation, diminution de la distance transactionnelle) et un pour celui de l’enseignant (le rôle du pair aidant, du tuteur, travaux de Jacques Rodet sur le tutorat). Cette transformation permettrait de retrouver tous les critères de la communauté d’apprentissage selon Garrisson : engagement sur les connaissances, engagement sur la participation, engagement sur les buts.


De manières pratiques, pour mettre en place ce type de communauté dans mes pratiques d’enseignement, il s’agirait de tout d’abord scénariser le dispositif de formation (planifier autant les enseignements transmissifs que les temps de coopération entre les étudiants). Il faudra aussi planifier les temps d’accompagnement (tel que Maëlla Paul (2004) le défini dans ces travaux sur la « nébuleuse de l’accompagnement »). De plus, ce que nous apprend Moore (2007) dans ces travaux est que plus la structure du dispositif augmente plus la distance transactionnelle diminue. Un design pédagogique bien scénarisé, tenant compte des différents temps, me semble donc un des facteurs majeurs pour la réussite d’un dispositif de formation à distance.

1 commentaire:

  1. Bonjour Yann !

    Ton billet m’interpelle à plusieurs égards. Dans ton premier paragraphe, tu parles d’un manque de culture sur la formation à distance dans les établissements d’enseignement supérieur et du fait que les initiatives pensées pour être vécues complètement à distance reviennent souvent à l’intégration de séances en présentiel à la demande des étudiants. Pour moi, cette situation corrobore les résultats des recherches qui présentent la formation hybride comme étant la plus efficace pour l’apprentissage (Endrizzi, 2012), ce qui n’empêche pas le fait qu’il soit nécessaire de repenser l’université. Cela dit, ce premier paragraphe me donne l’impression que tu aimerais que la formation soit totalement à distance. Est-ce le cas? Si oui, je serais curieux d’en savoir davantage.

    Dans tes paragraphes suivants, tu soulèves les questions de la présence à distance et de la structure du dispositif. Dans un cas comme dans l’autre, j’ai l’impression que, pour réellement s’inscrire dans une pédagogie active, les changements à apporter sont les mêmes, qu’on soit en présentiel ou à distance (Bates, 2015). La réflexion à faire, en tant qu’enseignant, n’est donc peut-être pas tant liée au fait d’être en présence ou à distance.

    Finalement, je crois moi aussi que la structure revêt une importance primordiale pour la qualité de l’enseignement-apprentissage. Moore (2013) rapporte d’ailleurs les travaux de Aviv, Erlich, Ravid et Gava (2003), selon lesquels des degrés élevés de pensée critique sont plus présents dans les environnements structurés [traduction libre] (p. 76).

    Références

    Bates, A. W. (Tony). (2015). Teaching in a Digital Age. [s.l.] : open.bccampus.ca.

    Endrizzi, L. (2012). Les technologies numériques dans l’enseignement supérieur, entre défis et opportunités. Dossier d’actualité veille et analyses de l’Institut Français de l’Éducation (IFÉ), (78), 1‑30.

    Moore, M. G. (2013). Transactional Distance Theory: Historical Significance. Dans M. G. Moore (dir.), Handbook of Distance Education (3e éd., p. 66‑85). New York / London : Routledge Taylor and Francis.

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