mercredi 25 janvier 2017

Les étudiants d'aujourd'hui et de demain

Les étudiants d’aujourd’hui sont très éloignés des « héritiers » (exploré dans les travaux sociologiques de Bourdieu et Passerons dans les années soixante en France). Malheureusement nos universités sont encore organisées sur le modèle de ces « héritiers » : de plus en plus d’étudiant doivent travailler pour financer leurs études, les étudiants sont parfois éloignés de la culture universitaire (effets de la démocratisation de l’enseignement supérieur, les périodes et les effets semblent très proche entre la France et le Québec), un rapport à la vie qui semble aussi différent des générations passées (société post-moderne de Lyotard, « vie liquide » de Bauman,  « génération zapping »)…L’étudiant d’aujourd’hui a donc un rapport très instrumental avec l’université : il vient principalement pour avoir un diplôme qu’il pourra valoriser sur le marché du travail (enquête ICOP du réseau UQ, mais aussi les enquêtes de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE) en France). Le rapport avec le monde universitaire ne sera donc que momentané, le temps d’acquérir le diplôme, il ne vient plus chercher une culture élitiste, un « grade social » comme les générations passées. Il faut alors que l’université s’adapte à ces nouveaux étudiants : en terme de proposition de programme, d’organisation de la vie universitaire, de culture étudiante et de réponse à leur besoin.

Dès les années 2000, les sociologues (comme Marie Duru-Bellat, François Dubet) dénonçaient la « crise des institutions », l’université (comme les autres institutions tel que la famille, l’hôpital, la justice) ne correspond plus aux attentes de la société, aux attentes de ces « clients », de ces « utilisateurs »…l’étudiant d’aujourd’hui, la génération « digital native » ou « génération Y » (Prensky) aspire à une société connectée, une université connectée dans laquelle les connaissances sont toujours transmissent, mais quand il le souhaite (peut être dans la nuit, pendant le WE…), sur n’importe quel support numérique (ordinateur, tablette, smartphone). Michel Serre fait une très belle description des attentes et du « décalage » de cette génération dans « petite poucette ».
Selon l’OVE en France, le nombre d’étudiant « empêchés » grandi d’année en année. Ces étudiants sont soit des travailleurs, soit des personnes en situation de handicap (maladies chroniques par exemple les empêchant d’assister à tous les cours), soit des étudiants très éloignés géographiquement des centres universitaires (le Québec est un bon exemple expliquant cet « empêchement », cet éloignement). L’université doit donc s’adapter à ces nouveaux étudiants (cours du soir, développement de méthode d’enseignement à distance, développement de projet personnalisé étudiant…).

Et demain ?

Avec la démocratisation de l’enseignement supérieur de plus en plus galopante, le fossé entre le milieu universitaire et ses étudiants ne fera que s’agrandir. L’université devra alors développer de nouvelles stratégies pour attirer et diplômer les étudiants : diversification des programmes, mais aussi rationalisation de l’offre (ce qu’a fait le Québec et ce que la France est en train de réaliser à travers la création des ComUe (Communauté d’université, de nouvelles méta-universités). Mais surtout, les étudiants souhaiteront de plus en plus avoir accès à la connaissance sans contraintes de temps et de distance ou de présence dans les locaux (développement des classes virtuelles et des simulateurs pour remplacer les laboratoires)…La dématérialisation est déjà en marche dans les Bibliothèques universitaires (toutes les revues ou presque sont éditées en numérique, les ouvrages sont disponibles en version papier et en livre numérique). L’étudiant de demain cherchera alors des programmes universitaires qui puissent d’adapter totalement à ses contraintes de vie (travail, famille, reprises d’étude…). Les scenarii pédagogiques des programmes devront donc permettre un enseignement de plus en plus morcelés (un grain pédagogique plus petit, livrable sur plusieurs types de support comme les mobiles), mais aussi une pédagogie s’adaptant à la vie professionnelle, directement utilisable dans l’activité professionnelle : développement de l’apprentissage par problème, par simulation, par réseau de paires…. N’est-ce pas cela aussi l’avenir des universités ?

1 commentaire:

  1. Bonjour Yann,

    Vous faites bien ressortir le fait qu'indépendamment de nos pays et cultures, la population étudiante à l'ère de la mondialisation prend une ou plutôt des directions semblables. Tout change rapidement et les universités peinent à s'adapter. Les études sur les représentations des étudiants et les rôles que les profs s'attribuent nous informent que beaucoup demeurent attachés à une définition de l'université humboldienne. Comment faire évoluer le corps professoral? La pédagogie universitaire s'intéresse à cela...
    Louise

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