Les étudiants d’aujourd’hui sont très éloignés des « héritiers »
(exploré dans les travaux sociologiques de Bourdieu et Passerons dans les
années soixante en France). Malheureusement nos universités sont encore organisées
sur le modèle de ces « héritiers » : de plus en plus d’étudiant
doivent travailler pour financer leurs études, les étudiants sont parfois
éloignés de la culture universitaire (effets de la démocratisation de l’enseignement
supérieur, les périodes et les effets semblent très proche entre la France et
le Québec), un rapport à la vie qui semble aussi différent des générations
passées (société post-moderne de Lyotard, « vie liquide » de Bauman, « génération zapping »)…L’étudiant d’aujourd’hui
a donc un rapport très instrumental avec l’université : il vient principalement
pour avoir un diplôme qu’il pourra valoriser sur le marché du travail (enquête
ICOP du réseau UQ, mais aussi les enquêtes de l’Observatoire de la vie
étudiante (OVE) en France). Le rapport avec le monde universitaire ne sera donc
que momentané, le temps d’acquérir le diplôme, il ne vient plus chercher une
culture élitiste, un « grade social » comme les générations passées.
Il faut alors que l’université s’adapte à ces nouveaux étudiants : en
terme de proposition de programme, d’organisation de la vie universitaire, de
culture étudiante et de réponse à leur besoin.
Dès les années 2000, les sociologues (comme Marie Duru-Bellat,
François Dubet) dénonçaient la « crise des institutions », l’université
(comme les autres institutions tel que la famille, l’hôpital, la justice) ne
correspond plus aux attentes de la société, aux attentes de ces « clients »,
de ces « utilisateurs »…l’étudiant d’aujourd’hui, la génération « digital
native » ou « génération Y » (Prensky) aspire à une société
connectée, une université connectée dans laquelle les connaissances sont toujours
transmissent, mais quand il le souhaite (peut être dans la nuit, pendant le WE…),
sur n’importe quel support numérique (ordinateur, tablette, smartphone). Michel
Serre fait une très belle description des attentes et du « décalage »
de cette génération dans « petite poucette ».
Selon l’OVE en France, le nombre d’étudiant « empêchés »
grandi d’année en année. Ces étudiants sont soit des travailleurs, soit des
personnes en situation de handicap (maladies chroniques par exemple les
empêchant d’assister à tous les cours), soit des étudiants très éloignés géographiquement
des centres universitaires (le Québec est un bon exemple expliquant cet « empêchement »,
cet éloignement). L’université doit donc s’adapter à ces nouveaux étudiants
(cours du soir, développement de méthode d’enseignement à distance,
développement de projet personnalisé étudiant…).
Et demain ?
Avec la démocratisation de l’enseignement supérieur de plus
en plus galopante, le fossé entre le milieu universitaire et ses étudiants ne
fera que s’agrandir. L’université devra alors développer de nouvelles stratégies
pour attirer et diplômer les étudiants : diversification des programmes,
mais aussi rationalisation de l’offre (ce qu’a fait le Québec et ce que la France
est en train de réaliser à travers la création des ComUe (Communauté d’université,
de nouvelles méta-universités). Mais surtout, les étudiants souhaiteront de
plus en plus avoir accès à la connaissance sans contraintes de temps et de
distance ou de présence dans les locaux (développement des classes virtuelles
et des simulateurs pour remplacer les laboratoires)…La dématérialisation est
déjà en marche dans les Bibliothèques universitaires (toutes les revues ou
presque sont éditées en numérique, les ouvrages sont disponibles en version papier
et en livre numérique). L’étudiant de demain cherchera alors des programmes
universitaires qui puissent d’adapter totalement à ses contraintes de vie
(travail, famille, reprises d’étude…). Les scenarii pédagogiques des programmes
devront donc permettre un enseignement de plus en plus morcelés (un grain
pédagogique plus petit, livrable sur plusieurs types de support comme les
mobiles), mais aussi une pédagogie s’adaptant à la vie professionnelle,
directement utilisable dans l’activité professionnelle : développement de
l’apprentissage par problème, par simulation, par réseau de paires…. N’est-ce
pas cela aussi l’avenir des universités ?
Bonjour Yann,
RépondreSupprimerVous faites bien ressortir le fait qu'indépendamment de nos pays et cultures, la population étudiante à l'ère de la mondialisation prend une ou plutôt des directions semblables. Tout change rapidement et les universités peinent à s'adapter. Les études sur les représentations des étudiants et les rôles que les profs s'attribuent nous informent que beaucoup demeurent attachés à une définition de l'université humboldienne. Comment faire évoluer le corps professoral? La pédagogie universitaire s'intéresse à cela...
Louise