Le constructivisme est le paradigme
de l’apprentissage dominant depuis quelques décennies. Ce paradigme issu des travaux
de Piaget principalement permet d’entrevoir la construction de connaissance au
niveau de l’individu : l’apprentissage ne peut se faire qu’à travers une
participation active de l’apprenant. Dans nos pratiques d’enseignement, il
faudra donc mettre prioritairement les étudiants en action, notre enseignement
sera donc centré sur l’étudiant. D’un
autre côté, d’après Philippe Carré : « on apprend toujours tout seul,
mais jamais sans les autres », cette réflexion nous incite à nous centrer certes
sur l’étudiant mais de ne pas oublier la dimension sociale de l’apprentissage (le
socio-constructivisme issu des travaux de Vygostki) : il nous faudra donc
aussi mettre les étudiants en interaction dans des groupes de paires. Nous entrevoyons
plusieurs applications de ces approches constructivismes : initier des
groupes projets, dans lesquels les étudiants seront mis à contribution pour
produire un exposé, une activité ; ou encore la conception d’une séquence
pédagogique (sur le mode de la classe inversée). Une des applications du
constructivisme permet de changer les pratiques enseignantes dans les
universités : ne pas seulement pratiquer le cours magistral, mais demander
aux étudiants de lire, de se documenter, de synthétiser avant le cours à l’université ;
le temps de face à face pédagogique étant consacré à mettre les étudiants en
discussion entre eux (favorisant le conflit cognitif), l’enseignant n’étant
présent que pour réaliser une régulation des échanges ou une médiation (ou remédiation
si besoin) des connaissances.
Le cognitivisme se différencie du
constructivisme par une approche centré exclusivement sur l‘individu. L’apprentissage
ne se faisant que seulement par la mise en mémoire des connaissances, cette
mise en mémoire étant favorisée par la motivation de l’étudiant. Il faudra
donc, selon cette approche cognitiviste, favoriser un enseignement qui permet à
l’étudiant de donner du sens : par exemple lui permettre de trouver seul ses
propres exemples, illustrant le cours. Nous pourrions par exemple centrer notre
enseignement en face à face sur une approche théorique, et nous demanderions à
l’étudiant d’écrire une synthèse du cours en illustrant par ses propres
exemples (comme nous sommes en train de faire actuellement à travers le blog).
Cette orientation permet à l’étudiant de se construire lui-même l’application
de la théorie tout en étant motivé par sa propre expérience. D’après les
cognitivistes comme Tardif C’est par une boucle métacognitive intrapersonnelle
sur sa propre expérience (et ses connaissances antérieures) que l’apprenant
sera en situation d’apprendre, par la construction de nouvelles connaissances,
qui se résume à une mise en mémoire à long terme. Le cognitivisme étant pour
moi très proche du constructivisme (les deux étant même très complémentaire),
mais sans l’apport du groupe (du collectif d’apprentissage), même si pour les
cognitivistes l’apprentissage collaboratif est aussi présent, mais ne participe
pas à la construction des apprentissages, seulement à apporter d’autres
connaissances à l’individu.
Le connectivisme est une approche
très récente des apprentissages. Cette théorie de l’apprentissage permet d’intégrer
les rapports aux technologies. Elle permet de se rendre compte de l’intérêt des
connections entre les individus : c’est en favorisant la mise en relations
entre les individus que les apprentissages pourront se réaliser. Les apprentissages
se font toujours au niveau des individus (comme le constructivisme ou le
cognitivisme), mais c’est la mise en discussion dans un groupe d’individu qui
permet de construire de nouvelles connaissances. L’environnement d’apprentissage
permet juste de mettre des apprenants en relation les uns avec les autres, l’apprentissage
se faisant manière « nébuleuse », cette théorie ne permet pas d’expliquer
l’apprentissage en lui-même, mais juste de poser des stratégies pour favoriser
cet apprentissage. C’est par exemple la conception d’une plateforme de
formation dans lequel les apprenants font des activités collaboratives (Wiki, forum).
Les MOOC ou SPOOC sont aussi des exemples de l’application de la théorie
connectiviste : les apprenants (plusieurs centaines pour les MOOC) sont
mis en relation dans un environnement numérique, des activités sont programmées
par les concepteurs du MOOC, des ressources sont mises à disposition sur ces
plateformes collaboratives. L’apprenant doit apprendre à naviguer dans ces
environnements (parfois peu ergonomiques), tout en collaborant avec les membres
de sa communauté, qui seront des ressources pour son apprentissage. Le connectivisme
est pour beaucoup à l’origine du concept des « communautés d’apprentissage »,
qui favorise un apprentissage informel (sans lien avec une institution, sans
objectif d’évaluation).
Pour conclure et synthétiser
toutes ces approches sur les apprentissages. Je pense que toute sont
contributives à la pratique enseignante. Nous devons mettre les étudiants en
activité (constructivisme), renverser le modèle classique du « cours
magistral » ; se centrer sur le lien entre connaissances et étudiants
(un des coté du triangle pédagogique de Houssaye), moins sur notre enseignement
(notre cours), donc plus centré sur une relation d’apprentissage (intervenir
comme médiateur, comme accompagnateur, tuteur). Nous devons aussi favoriser la
motivation des étudiants pour les aider à trouver du sens à ce qui est
enseigné, tout en favorisant la métacognition, une boucle réflexive sur
soi-même, de la part des étudiants (cognitivisme). L’apport du groupe doit
aussi être favorisé, soit à travers des interactions inter-personnelles en
classe ou en groupe (socio-constructivisme), soit à travers des outils
numériques comme les plateformes, ENT, forum, wiki (connectivisme) pour
constituer des « communautés d’apprenants » favorisant les
apprentissages formels et informels.
Bonjour Yann,
RépondreSupprimerVoilà une réflexion qui prend les couleurs de l'éducation aux adultes. Votre lecture et votre appropriation du constructivisme est particulièrement porteuse. Vous vous représentez très bien en tant que professeur dans cet environnement : "le temps de face à face pédagogique étant consacré à mettre les étudiants en discussion entre eux (favorisant le conflit cognitif), l’enseignant n’étant présent que pour réaliser une régulation des échanges ou une médiation (ou remédiation si besoin) des connaissances".
Votre compréhension du cognitivisme est à préciser. Au départ, les cognitivistes percevaient les apprenants comme des unités séparées, mais très vite la plupart d'entre eux a considéré l'importance de l'autre pour apprendre.Il a alors été question de socio-cognitivisme. Vos propositions de mise en action de la théorie sont intéressantes et tout à fait complémentaires au constructivisme.
Le connectivisme s'intéresse aussi à la question de l'apprentissage, mais sans réussir encore à en définir le processus. J'ai bien aimé cette avenue : " Le connectivisme est pour beaucoup à l’origine du concept des « communautés d’apprentissage », qui favorise un apprentissage informel (sans lien avec une institution, sans objectif d’évaluation)". Elle s'applique peut-être moins à la relation individu machine...
Louise
De mon point de vue, les communautés d'apprentissage sont des concepts assez récent dans l'univers de l'éducation, elles ont émerger parallèlement au connectivisme, donc fortement lié à l’essor des technologies éducative...il est difficile de concevoir, pour moi, une communauté de pratique en 2017 sans parler du lien avec la technologie (soutient de la communauté par des forums, des wiki, des espaces collaboratifs partagés)...donc un rapport individu machine sera fortement a exploré, la culture des digital native est forcement plus proche des "machines" que la génération des babyboomers. Ce qui pose d'emblée des questions sur le rapport à la technologie.
RépondreSupprimerPour le cognitivisme, j'ai encore un peu de mal à le séparer du constructivisme, je trouve ces deux approches très proches, voir mêlées : quelles différences y a t il entre socio-cognitivisme et socio-constructivisme au final ? toutes les deux intègre la notion d'appentissage inter-individuel et d'apprentissage intra-individuel. est ce juste une question de canaux d'apprentissage (mémorisation versus vivre une expérience) ou de conception de la "boite noire"?