mardi 24 janvier 2017

Les apports des différentes théories d’apprentissage sur les pratiques enseignantes dans l’enseignement supérieur.

Le constructivisme est le paradigme de l’apprentissage dominant depuis quelques décennies. Ce paradigme issu des travaux de Piaget principalement permet d’entrevoir la construction de connaissance au niveau de l’individu : l’apprentissage ne peut se faire qu’à travers une participation active de l’apprenant. Dans nos pratiques d’enseignement, il faudra donc mettre prioritairement les étudiants en action, notre enseignement sera donc centré sur l’étudiant.  D’un autre côté, d’après Philippe Carré : « on apprend toujours tout seul, mais jamais sans les autres »,  cette réflexion nous incite à nous centrer certes sur l’étudiant mais de ne pas oublier la dimension sociale de l’apprentissage (le socio-constructivisme issu des travaux de Vygostki) : il nous faudra donc aussi mettre les étudiants en interaction dans des groupes de paires. Nous entrevoyons plusieurs applications de ces approches constructivismes : initier des groupes projets, dans lesquels les étudiants seront mis à contribution pour produire un exposé, une activité ; ou encore la conception d’une séquence pédagogique (sur le mode de la classe inversée). Une des applications du constructivisme permet de changer les pratiques enseignantes dans les universités : ne pas seulement pratiquer le cours magistral, mais demander aux étudiants de lire, de se documenter, de synthétiser avant le cours à l’université ; le temps de face à face pédagogique étant consacré à mettre les étudiants en discussion entre eux (favorisant le conflit cognitif), l’enseignant n’étant présent que pour réaliser une régulation des échanges ou une médiation (ou remédiation si besoin) des connaissances.

Le cognitivisme se différencie du constructivisme par une approche centré exclusivement sur l‘individu. L’apprentissage ne se faisant que seulement par la mise en mémoire des connaissances, cette mise en mémoire étant favorisée par la motivation de l’étudiant. Il faudra donc, selon cette approche cognitiviste, favoriser un enseignement qui permet à l’étudiant de donner du sens : par exemple lui permettre de trouver seul ses propres exemples, illustrant le cours. Nous pourrions par exemple centrer notre enseignement en face à face sur une approche théorique, et nous demanderions à l’étudiant d’écrire une synthèse du cours en illustrant par ses propres exemples (comme nous sommes en train de faire actuellement à travers le blog). Cette orientation permet à l’étudiant de se construire lui-même l’application de la théorie tout en étant motivé par sa propre expérience. D’après les cognitivistes comme Tardif C’est par une boucle métacognitive intrapersonnelle sur sa propre expérience (et ses connaissances antérieures) que l’apprenant sera en situation d’apprendre, par la construction de nouvelles connaissances, qui se résume à une mise en mémoire à long terme. Le cognitivisme étant pour moi très proche du constructivisme (les deux étant même très complémentaire), mais sans l’apport du groupe (du collectif d’apprentissage), même si pour les cognitivistes l’apprentissage collaboratif est aussi présent, mais ne participe pas à la construction des apprentissages, seulement à apporter d’autres connaissances à l’individu.

Le connectivisme est une approche très récente des apprentissages. Cette théorie de l’apprentissage permet d’intégrer les rapports aux technologies. Elle permet de se rendre compte de l’intérêt des connections entre les individus : c’est en favorisant la mise en relations entre les individus que les apprentissages pourront se réaliser. Les apprentissages se font toujours au niveau des individus (comme le constructivisme ou le cognitivisme), mais c’est la mise en discussion dans un groupe d’individu qui permet de construire de nouvelles connaissances. L’environnement d’apprentissage permet juste de mettre des apprenants en relation les uns avec les autres, l’apprentissage se faisant manière « nébuleuse », cette théorie ne permet pas d’expliquer l’apprentissage en lui-même, mais juste de poser des stratégies pour favoriser cet apprentissage. C’est par exemple la conception d’une plateforme de formation dans lequel les apprenants font des activités collaboratives (Wiki, forum). Les MOOC ou SPOOC sont aussi des exemples de l’application de la théorie connectiviste : les apprenants (plusieurs centaines pour les MOOC) sont mis en relation dans un environnement numérique, des activités sont programmées par les concepteurs du MOOC, des ressources sont mises à disposition sur ces plateformes collaboratives. L’apprenant doit apprendre à naviguer dans ces environnements (parfois peu ergonomiques), tout en collaborant avec les membres de sa communauté, qui seront des ressources pour son apprentissage. Le connectivisme est pour beaucoup à l’origine du concept des « communautés d’apprentissage », qui favorise un apprentissage informel (sans lien avec une institution, sans objectif d’évaluation).

Pour conclure et synthétiser toutes ces approches sur les apprentissages. Je pense que toute sont contributives à la pratique enseignante. Nous devons mettre les étudiants en activité (constructivisme), renverser le modèle classique du « cours magistral » ; se centrer sur le lien entre connaissances et étudiants (un des coté du triangle pédagogique de Houssaye), moins sur notre enseignement (notre cours), donc plus centré sur une relation d’apprentissage (intervenir comme médiateur, comme accompagnateur, tuteur). Nous devons aussi favoriser la motivation des étudiants pour les aider à trouver du sens à ce qui est enseigné, tout en favorisant la métacognition, une boucle réflexive sur soi-même, de la part des étudiants (cognitivisme). L’apport du groupe doit aussi être favorisé, soit à travers des interactions inter-personnelles en classe ou en groupe (socio-constructivisme), soit à travers des outils numériques comme les plateformes, ENT, forum, wiki (connectivisme) pour constituer des « communautés d’apprenants » favorisant les apprentissages formels et informels.

2 commentaires:

  1. Bonjour Yann,

    Voilà une réflexion qui prend les couleurs de l'éducation aux adultes. Votre lecture et votre appropriation du constructivisme est particulièrement porteuse. Vous vous représentez très bien en tant que professeur dans cet environnement : "le temps de face à face pédagogique étant consacré à mettre les étudiants en discussion entre eux (favorisant le conflit cognitif), l’enseignant n’étant présent que pour réaliser une régulation des échanges ou une médiation (ou remédiation si besoin) des connaissances".
    Votre compréhension du cognitivisme est à préciser. Au départ, les cognitivistes percevaient les apprenants comme des unités séparées, mais très vite la plupart d'entre eux a considéré l'importance de l'autre pour apprendre.Il a alors été question de socio-cognitivisme. Vos propositions de mise en action de la théorie sont intéressantes et tout à fait complémentaires au constructivisme.
    Le connectivisme s'intéresse aussi à la question de l'apprentissage, mais sans réussir encore à en définir le processus. J'ai bien aimé cette avenue : " Le connectivisme est pour beaucoup à l’origine du concept des « communautés d’apprentissage », qui favorise un apprentissage informel (sans lien avec une institution, sans objectif d’évaluation)". Elle s'applique peut-être moins à la relation individu machine...
    Louise

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  2. De mon point de vue, les communautés d'apprentissage sont des concepts assez récent dans l'univers de l'éducation, elles ont émerger parallèlement au connectivisme, donc fortement lié à l’essor des technologies éducative...il est difficile de concevoir, pour moi, une communauté de pratique en 2017 sans parler du lien avec la technologie (soutient de la communauté par des forums, des wiki, des espaces collaboratifs partagés)...donc un rapport individu machine sera fortement a exploré, la culture des digital native est forcement plus proche des "machines" que la génération des babyboomers. Ce qui pose d'emblée des questions sur le rapport à la technologie.

    Pour le cognitivisme, j'ai encore un peu de mal à le séparer du constructivisme, je trouve ces deux approches très proches, voir mêlées : quelles différences y a t il entre socio-cognitivisme et socio-constructivisme au final ? toutes les deux intègre la notion d'appentissage inter-individuel et d'apprentissage intra-individuel. est ce juste une question de canaux d'apprentissage (mémorisation versus vivre une expérience) ou de conception de la "boite noire"?

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